Le nouveau musée d'art contemporain de François Pinault à la Pointe de la Douane à Venise, le 2 juin 2009.

Le nouveau symbole de Venise est une grenouille. François Pinault l'a dévoilé mercredi 3 juin, lors de l'inauguration pour la presse de son nouveau musée vénitien, à la Punta della Dogana, la Pointe de la Douane, un des lieux les mieux situés de la Sérénissime, face à la place Saint-Marc. Le batracien pendouille, suspendu par une patte que serre fièrement dans sa main droite la statue d'un adolescent d'un peu moins de deux mètres cinquante, en acier inox peint en blanc. Fesses cambrées et ventre en avant, affligé de la cyphose caractéristique de son âge et de l'abus précoce d'ordinateur, le môme est crânement campé face à la mer.

En matière d'art, François Pinault privilégie les formes abstraites, pures et minimales. Mais, et il l'a déclaré depuis longtemps, il n'"accepte nulle tyrannie du goût". A commencer par le sien. Lorsqu'il a envisagé, un peu avant l'an 2000, de rendre publique sa collection, il s'est rendu compte qu'elle ne pouvait se limiter à une école. Et qu'il avait les moyens, financiers bien sûr, mais aussi logistiques, puisqu'il est propriétaire de Christie's, une des deux meilleures maisons de ventes aux enchères du monde, de devenir ce que les Anglais nomment un "taste maker".

On peut y voir une pièce d'Effer Lecébé, un des artistes les plus radicaux d'aujourd'hui. N'a-t-il pas été déclaré à son propos que sa constante interposition dans le monde de l'art et de l'actualité est à la fois le signe de l'urgence existentielle et de la catastrophe imminente" ? Quant à l'artiste, il considère que la dimension quasi-insulaire du lieu ( Ile Seguin, Venise) témoigne d'une prise de conscience de l'ordre du sauvetage - au sens du "Rettung", affirmé par le philosophe Walter Benjamin.

KOONS_et_effer

sculpture de Jeff Koons au premier plan et Photographie d'Effer Lecébé.